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Conférence de M. Jean Jouzel, co-lauréat prix Nobel de la Paix 2007
Changé 10 juin 2014


Séché Environnement a eu le plaisir d’accueillir sur son site historique de Changé l’Assemblée Générale de la Jeune Chambre Economique de Laval. A cette occasion, dans le cadre de la thématique annuelle de cette dernière consacrée à l’économie circulaire, sujet important également dans le cadre des métiers de Séché Environnement, M. Jean Jouzel est venu commenter la récente publication du GIEC sur le dérèglement climatique.

Fruit des principes de l’écologie industrielle (une entreprise utilise comme matière première les résidus de production d’un autre), de la transition énergétique (maîtrise des consommations et production « bas carbone ») et de l’économie verte (réduction de la consommation de ressources et recyclage), l’économie circulaire apparaît comme l’un des moteurs les plus puissants du développement durable.

La promotion de l’économie circulaire va ainsi de pair avec la mise en œuvre de solutions d’efficacité énergétique qui elles-mêmes influent sur le changement climatique. L’énergie est le « fil rouge » de l’économie circulaire et le changement climatique est son défi. Et ces enjeux climatiques conditionnent notre vie. C’est pourquoi il est indispensable d’avoir une bonne connaissance de notre histoire décryptée par le paléo-climatologue, pour agir sur nos comportements qui influenceront le devenir climatique.

La terre a déjà connu dans son passé de profonds changements climatiques, passant par des ères glaciaires puis par des phases de réchauffement permettant à la vie de se développer. Mais jamais ces modifications n’ont été aussi rapides, posant le problème de la capacité d’adaptation de l’homme et de la nature.

Aujourd’hui, et ce depuis les années 1950, le réchauffement du système climatique est sans équivoque. Pour illustration les baisses des couvertures neigeuses et de glace ou l’élévation du niveau des mers. Les années de 1983 à 2012 constituent probablement la période de 30 ans la plus chaude qu’ait connue l’hémisphère Nord depuis 1.400 ans. Toutefois ces modifications ne se produisent pas de manière uniforme à la surface de la terre : l’échauffement des océans est inférieur à celui des terres, les zones polaires sont particulièrement impactées.

Les conséquences sont nombreuses. La température à la surface du globe a déjà progressé de plus de 1,5 °C en un siècle et devrait encore monter, le cycle de l’eau est perturbé (sécheresses ou inondations) entraînant de nombreuses conséquences sur la biodiversité, donc la production alimentaires et la santé publique.

Les concentrations des gaz à effet de serre (1) dans l’atmosphère ont augmenté pour atteindre des niveaux sans précédent depuis au moins 800.000 ans. La croissance de la concentration de gaz carbonique depuis la révolution industrielle du 19ème siècle est de 40%. Elle s’explique en premier lieu par l’utilisation de combustibles fossiles (2) et en second lieu par l’évolution de l’utilisation des sols. L’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie : le GIEC a gagné en certitude sur ce point depuis la publication de son précédent rapport.

Face aux changements climatiques liés aux activités humaines, l’adaptation s’impose. Il reste bien sûr vital et urgent de limiter le réchauffement global à moins de 2 °C, mais même à ce niveau, des conséquences néfastes vont se faire sentir outre-mer d’abord, puis en métropole. Il faut s’y préparer. Selon les régions, il faudra faire face à de nouvelles maladies ou allergies, aux risques pour les forêts, aux incendies, à la menace des inondations, à la multiplication de canicules et de précipitations extrêmes …

Saurons-nous faire le nécessaire pour atténuer le changement, aurons-nous la capacité à nous adapter ? Une mobilisation totale de tous les acteurs est indispensable pour nous situer à la hauteur des enjeux climatiques qui conditionnent notre vie.

La conférence internationale sur le climat (3) qui se tiendra à Paris à la fin de l’année 2015 devrait jeter les bases d’un nouvel accord planétaire pour le climat, qui prendrait la suite du protocole de Kyoto qui a cessé de produire ses effets, en particulier du fait de l’arrivée sur la scène internationale de pays qui n’étaient que faiblement émetteurs en 1992 (Chine, Inde, Brésil et Afrique) et qui sont aujourd’hui à l’origine des 2/3 des émissions de gaz à effet de serre.

Quel nouveau marché du carbone verra le jour ? Ce rapport du GIEC, point de départ d’une nouvelle mobilisation, souligne combien il est important que les gouvernements fassent face à ce défi et prennent des engagements clairs et fermes en ce domaine.

Jean Jouzel est climatologue et paléo-climatologue, Directeur de Recherches au CEA (4), membre du CESE (5), vice-président du GIEC (6), co-lauréat du Prix Nobel de la Paix (2007) et lauréat du Prix Vetlesen (7) (2012)


(1) Principalement gaz carbonique, méthane et protoxyde d'azote
(2) Charbon, pétrole, gaz
(3) COP 21 : 21ème conférence des parties, rencontre annuelle dans le cadre de la Convention sur le climat signée à Rio (1992)
(4) CEA : Commissariat à l'Energie Atomique
(5) CESE : Conseil Economique, Social et Environnemental
(6) GIEC : Groupe d'Experts International sur l'Evolution du Climat
(7) Prix Vetlesen : considéré comme le "Nobel des sciences de la terre et de l'univers"

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